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Assurer la transformation numérique en pleine pandémie : le cas de la région MENA

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En pleine pandémie de COVID-19, la connectivité numérique ne se réduit plus aux seuls moyens de communication traditionnels et à la recherche d’informations. Elle joue désormais un rôle clé pour les particuliers, les pouvoirs publics et les entreprises désireux d’utiliser des données, des contenus et des applications numériques afin d’assurer la continuité de l’activité économique et sociale malgré les règles de distanciation sociale et le confinement strict imposé pratiquement partout.

Dans les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), la demande de services haut débit et de données ne cesse d’augmenter.  Les pays qui ne sont pas prêts à faire face à la flambée de la demande ont connu une surcharge des réseaux, une diminution de la vitesse de connexion à Internet et une détérioration de la qualité des services même sur des marchés relativement matures. Un accès inégal à une connectivité haut débit de qualité peut potentiellement compromettre la stabilité de ces pays et accentuer les inégalités sociales entre ceux qui peuvent accéder à internet pour garantir un minimum d’activités économiques et sociales sans s’exposer au virus et ceux qui sont privés de cette nouvelle réalité, y compris les réfugiés.

Pendant la pandémie de COVID-19, la saturation des réseaux a été au cœur des préoccupations de nombreux pays. Cinq grandes raisons expliquent cette saturation des réseaux :

-une utilisation intensive d’Internet pendant la journée dans les zones résidentielles (les réseaux n’ayant pas été conçus pour des connexions de pointe), d’où un encombrement au niveau du « dernier kilomètre », qui offre un accès Internet aux utilisateurs finals

-une hausse de la demande de vidéos et autres services de loisir gourmands en débit

-une hausse de la demande de visioconférences et de services de stockage chez les fournisseurs d’accès (le cloud)

-les cours à distance pour des apprenants de tous âges

-le déficit de capacités de connexion au réseau international, point d’entrée d’Internet dans les différents pays.

Mesures visant à optimiser les réseaux et l’utilisation des services haut débit

Les gouvernements de la région MENA ont agi rapidement pour assouplir l’accès aux réseaux haut débit et améliorer les services internet. Ces actions comprennent notamment la flexibilité de paiement qui permettent aux utilisateurs de services prépayés de différer les paiements après utilisation (Égypte, Palestine, Tunisie). D’autres solutions ont consisté à gonfler les forfaits Internet et le débit proposé sans coûts additionnels (Bahreïn, Iraq, Liban) ou à couvrir le surcoût d’une hausse du forfait mensuel pour les abonnés (Égypte). D’autres encore ont débloqué les applications de téléphonie VoIP (Émirats arabes unis, Oman), élargi le spectre des opérateurs télécoms (Arabie saoudite, Jordanie) ou obtenu la mise en place d’un cloud gratuit pour les entreprises (Vodafone en Égypte). En Arabie saoudite, le gouvernement est parvenu à garantir l’accès continu à différents services publics en ligne grâce à ses investissements constants depuis 20 ans dans des infrastructures numériques modernes et des plateformes dématérialisées.

Améliorer l’éducation et les plateformes d’apprentissage en ligne

De nombreux pays de la région ont conçu des plateformes d’apprentissage en ligne. En Arabie saoudite par exemple, le portail de l’éducation nationale (Ain) est devenu le principal canal éducatif pour plus de 6 millions d’usagers. Parallèlement, la plateforme a permis d’offrir 30 000 appareils numériques à des étudiants dans le besoin, en plus des quelque 100 000 heures d’apprentissage interactif organisées à distance pour les étudiants de premier cycle. Les gouvernements égyptien, palestinien et saoudien ont également offert gratuitement un accès Internet aux professeurs d’université et des cartes SIM aux étudiants pour qu’ils puissent se connecter aux plateformes d’apprentissage à partir de leurs appareils. À Bahreïn, au Maroc et en Tunisie, les opérateurs ont rendu gratuit l’accès aux plateformes éducatives en ligne. En Jordanie, de nouveaux sites ont vu le jour pour héberger des supports didactiques, à l’image de Darsak, Idrak, Jo Academy et Abwab.

Dans certains pays, la défaillance des réseaux et le manque d’accès aux services haut débit ont incité les gouvernements à diffuser des cours à la télévision et assurer ainsi la continuité de l’éducation.

Principaux défis liés à la connectivité numérique auxquels la région est confrontée

Malgré les solutions et les initiatives déployées par les gouvernements, certains risques et failles liés aux infrastructures numériques ont fait leur apparition dans les pays MENA, notamment :

Incapacité à assurer le bon fonctionnement des entreprises de télécommunications lorsque les opérations nécessitent la présence physique des employés sur les chantiers alors qu’ils devraient respecter les mesures de confinement

Désorganisation du commerce mondial, en particulier avec les pays exportateurs de matériel électronique, qui a retenti sur la disponibilité d’appareils et d’équipements nécessaires aux réseaux et services haut débit

Recrudescence des vols d’équipement de télécommunications et des actes de vandalisme

Hausse des attaques électroniques, de la diffusion d’infox et de cas de fraudes à la faveur de la panique des usagers et des incertitudes entourant la pandémie

Atteintes à la vie privée liées à l’utilisation des données personnelles par les gouvernements pour l’envoi de SMS en vue du suivi et de la lutte contre la propagation du virus.

Tirer parti des solutions numériques pour assurer la reprise dans la région MENA

Alors qu’un redémarrage s’amorce lentement et prudemment pour relancer l’activité économique, les pays MENA ont plusieurs priorités : augmenter les capacités des connexions haut débit, résoudre la question de l’encombrement des réseaux, assurer la continuité de services publics vitaux et développer les technologies financières face à la hausse attendue de la demande de services électroniques (soins de santé, paiements mobiles, livraison de denrées alimentaires, commerce en ligne…).

Dans ce contexte, la Banque mondiale continue de souligner l’importance des « objectifs de Marrakech 2021 » appelant à l’inclusion numérique, un accès bon marché à des services haut débit de qualité et au développement de services financiers électroniques.

Sur la base des premiers enseignements tirés de la crise, les gouvernements des pays MENA doivent renforcer leurs efforts pour atteindre les objectifs suivants :

-objectif 1 : renforcer les capacités et réduire l’encombrement des réseaux pour éviter les risques de coupure et assurer la pérennité du service

-objectif 2 : garantir la continuité des services publics pour permettre aux citoyens de conclure leurs transactions grâce aux technologies numériques

-objectif 3 : développer les services financiers numériques (paiements dématérialisés et transferts en espèces du gouvernement aux citoyens) pour aider les entreprises et les ménages les plus démunis et vulnérables tout en insistant sur l’importance de délivrer à chaque bénéficiaire une preuve d’identité pour garantir l’accès à ces services

-objectif 4 : promouvoir les initiatives d’apprentissage en ligne pour assurer la continuité de l’éducation.

Alors que les gouvernements continuent d’installer les conditions propices à l’extension des capacités des réseaux, d’améliorer la qualité des services et de favoriser les innovations en s’inspirant des meilleures pratiques mondiales, il est important de mettre l’accent sur un certain nombre d’actions prioritaires à court, moyen et long termes, notamment :

-supprimer les entraves à l’investissement privé et faciliter l’arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché des télécommunications à travers le soutien à la concurrence, la réduction du coût des redevances et le partage des recettes

-réglementer les tarifs pratiqués par les entreprises

-promouvoir la coopération régionale pour le déploiement de nouveaux câbles sous-marins

-faciliter l’accès aux infrastructures de base

-adopter une politique d’accès ouvert pour raccorder sans discrimination tous les opérateurs aux infrastructures de communication

-instituer le partage des infrastructures entre opérateurs, notamment dans le secteur du transport, de l’énergie et des télécommunications

-autoriser l’utilisation de services communs internationaux, à l’image du protocole de téléphonie VoIP.

En conclusion, le développement du numérique ne doit plus être considéré comme le seul apanage du secteur des télécommunications. Les technologies numériques induisent des transformations radicales dans nos économies et nos pays et concernent tous les secteurs de l’économie, de l’agriculture à la finance en passant par l’éducation, la santé et l’administration publique. Il s’agit donc un projet économique intégré qui doit reposer sur une vision globale intégrant dans la réflexion les infrastructures, les plateformes, les compétences numériques et les applications dans des secteurs clés — tout en veillant à ce que cette économie virtuelle respecte les données personnelles et soit équitable et inclusive afin que chacun puisse avoir accès à ce levier de transformation devenu incontournable.

Boutheina Guermazi

Directrice, Développement numérique, Banque mondiale

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