Accueil Societé Lutter contre les violences à l’encontre des femmes dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord c’est éradiquer un cancer silencieux

Lutter contre les violences à l’encontre des femmes dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord c’est éradiquer un cancer silencieux

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Les violences de genre ou les violences faites aux femmes et aux filles sont un fléau mondial : une femme sur trois y sera confrontée au cours de sa vie. Dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), ce cancer silencieux demeure souvent inaperçu mais laisse des marques profondes voire indélébiles sur celles qui en sont victimes. Des allégations de viols, d’agressions et de harcèlement sexuel ont récemment suscité une vague d’indignation et poussé de nombreuses femmes et jeunes filles à témoigner des violences auxquelles elles ont été exposées. Cette situation a conduit à une prise de conscience sans précédent de l’opinion publique et souligne la nécessité d’adopter très rapidement une stratégie systématique de prévention et d’intervention.

L’action des pouvoirs publics est d’autant plus indispensable aujourd’hui que la pandémie de coronavirus (COVID-19) a pour effet d’aggraver les risques de violence et d’engendrer de nouvelles difficultés sur le plan de la prévention et de la riposte. Face à des services de protection difficilement accessibles en temps normal, une crise ne peut qu’aggraver les besoins.

Les violences de genre nuisent au bien-être des femmes et des filles et amputent durablement leurs perspectives d’accumulation de capital humain. Elles réduisent aussi la participation des victimes aux marchés du travail et à la vie civique, et représentent un coût économique important pour les communautés. Selon des estimations mondiales, les violences à l’encontre des femmes peuvent valoir aux pays jusqu’à 3,7 % de leur PIB, soit un coût plus de deux fois supérieur aux dépenses que la plupart des gouvernements consacrent à l’éducation. La première étape vers une prévention et une riposte efficaces consiste à reconnaître l’importance des enjeux liés aux violences de genre. Bien que les pays de la région MENA soient de plus en plus nombreux à adopter des lois contre les abus sexuels et d’autres formes de violences sexistes, la mise en œuvre et l’application de ces législations restent problématiques et achoppent également sur la faiblesse des capacités institutionnelles et l’absence de mesures de sensibilisation et de services de protection adaptés.

La lutte contre les violences faites aux femmes doit par conséquent s’articuler autour de cinq axes d’action interdépendants :

Réforme juridique : avec plus d’un pays sur trois sans législation contre les violences sexuelles au sein du couple, la protection juridique laisse toujours à désirer. Ces lacunes sont particulièrement banales dans la région MENA et en Afrique subsaharienne. Même si la loi ne peut, en tant que telle, mettre fin aux abus, elle fait partie des outils indispensables pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles. Toute législation doit intégrer une définition exhaustive des violences domestiques, y compris physiques, sexuelles, psychologiques et économiques, et devrait s’appliquer a minima aux individus qui entretiennent ou ont entretenu des relations intimes avec les victimes.

Capacités institutionnelles, mise en œuvre et suivi : il est indispensable de renforcer les capacités des institutions, la formation et la sensibilisation des agents publics et des prestataires de services ainsi que les mécanismes de signalement. Les politiques nationales de lutte contre les violences de genre doivent reposer sur des stratégies et plans d’action qui intègrent des dispositifs de responsabilisation des pouvoirs publics et prévoient des allocations budgétaires suffisantes. Les codes de déontologie sont des armes efficaces contre le harcèlement sexuel et d’autres formes de violences faites aux femmes dans un grand nombre de secteurs.

Accès à la justice : les autorités chargées de l’application de la loi ne prennent pas toujours des mesures adéquates pour garantir la confidentialité et la sécurité des victimes et des témoins, ce qui dissuade le signalement des actes de violence et sape la confiance dans la justice (a). Des modules de formation et des interventions destinées aux forces de l’ordre et de la justice devraient être conçus dans le but de les sensibiliser aux violences faites aux femmes, mais également d’améliorer la prise en charge des plaintes. Les procédures et protocoles doivent être améliorés, qu’il s’agisse des codes de déontologie pour le personnel de sécurité, des directives pour les examens médico-légaux et la formation des soignants et des personnes chargées de faire appliquer la loi, des protocoles normalisés pour remplir les formulaires de police afin d’éviter que les plaignantes ne soient à nouveau victimes d’abus ou encore des politiques de suivi après le signalement d’actes violents. Il faut systématiser la collecte et le suivi des données relatives à ces formes de criminalité grâce à des indicateurs normalisés et un registre commun (a) de signalement et de surveillance. À plus long terme, l’amélioration de l’inclusivité du système judiciaire, avec une plus forte représentation des femmes à tous les niveaux, doit faire partie des priorités.

Offre de services : améliorer le système global de protection et de fourniture de services implique de garantir aux victimes l’accès à une aide juridique, une prise en charge médicale et psychologique, des lieux sûrs et des refuges mais aussi à des mesures de soutien aux moyens de subsistance et à la réinsertion. L’accessibilité, la qualité et la coordination de l’aide aux victimes doivent être renforcées par la mise en place de guichets uniques, la création de systèmes d’orientation intersectoriels et la formation combinée de toutes les personnes participant à la prise en charge dans le cadre d’une démarche centrée sur la victime.

Normes sociales et changement des comportements : des enquêtes d’opinion sur le harcèlement sexuel dans la région MENA révèlent une forte tolérance à l’égard de certaines formes de violences de genre, y compris parmi les jeunes. Il faut donc impérativement lancer des campagnes de sensibilisation afin de plaider pour un soutien aux victimes, à travers la création de lignes d’appel d’urgence, des mécanismes de signalement et la diffusion de messages ayant pour but de faire évoluer les normes sociales et les comportements qui perpétuent les violences faites aux femmes. Parce qu’elles jouent un rôle primordial (a) dans la socialisation des enfants, les écoles doivent être à la pointe du combat visant à réduire toute forme de discrimination alimentant les violences de genre — au sein des établissements et en prônant la non-violence dans les familles et les communautés. Les enseignants et le personnel doivent être formés à la gestion de ces violences et sensibilisés aux codes déontologiques de leur profession ainsi qu’aux mécanismes de réponse adaptés. Les associations de parents et d’enseignants doivent être intégrées dans des activités de sensibilisation de grande portée, visant l’ensemble de la communauté.

Les violences à l’encontre des femmes sont considérées comme la première et la plus délétère des violations des droits humains (a) aujourd’hui. À juste titre. La Banque mondiale élabore actuellement son premier plan d’action régional contre les violences de genre, qui mettra l’accent sur les réformes juridiques et institutionnelles, la protection et les services aux victimes ainsi que l’évolution durable des normes sociales et des comportements. Elle travaille également en étroite concertation avec des interlocuteurs nationaux, des partenaires internationaux et d’autres acteurs à la formulation de recommandations concrètes et pratiques.

La prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes sont une condition préalable indispensable à un développement équitable et durable. Le moment est venu d’agir pour éradiquer ce cancer silencieux qui ronge la région MENA.

Source Banque mondiale 

Ayat Soliman

Chef de service

Miram Kalle

Social Development Specialist

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